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Juin

AAT : APPEL A FORUM N°168

ACTUALITÉS EN ANALYSE TRANSACTIONNELLE

Bonjour à toutes et à tous,

Voici l’appel à Forum pour le n° 168 des AAT, à paraître en octobre 2019. Dans cet appel un brin nostalgique, France Brécard nous  questionne : bistrot ou réseaux sociaux? Apéritif en terrasse ou bien sur tablette – ou les deux?

Si vous vous sentez concerné par les questions soulevées à la fin du texte, envoyez votre contribution d’ici au 1er août 2019 dernier délai, sous forme de fichier Word ou open office, à l’adresse mail : aatcomitelecture@gmail.com, en précisant en fin de votre texte vos nom, prénom, profession, lieu de résidence et s’il y a lieu, votre qualification AT (en contrat, CTA, PTSTA, TSTA, ainsi que le champ).

Le Comité de Rédaction vous rappelle les règles éditoriales qu’il s’est fixées pour ce
FORUM :
·      Les contributions doivent rester à l¹intérieur du sujet du Forum.
·      Les contributions doivent se conformer aux principes éthiques définis par les institutions d¹AT (IFAT, EATA, etc.).
·      Les contributions doivent se limiter à 5000 caractères espaces compris.
·      Le Comité de Rédaction se réserve la possibilité de choisir entre les textes proposés, en fonction des contraintes éditoriales.

C.F

Forum AAT N° 168

 

Bistrot ou réseaux sociaux ?

Le monde change…et le temps où l’on se retrouvait au bistrot pour discuter de tout et de rien et en particulier de l’avenir du monde semble un peu passé. Et pourtant le bistrot avait une fonction sociale importante. Il créait du lien, de la convivialité, de la chaleur humaine. On pouvait boire bien sûr et parfois trop, mais il permettait surtout de partager les idées, les pensées et les détestations, les frustrations et les fureurs engendrées par la marche du monde. On savait qui était qui et qui pensait quoi. Le niveau n’était pas toujours très élevé, les discours parfois excessifs, mais les paroles passent. Un jour on s’engueulait et le lendemain on se réconciliait. En face de l’église dans le village, le bistrot était un contrepouvoir important qui permettait à chacun de se laisser aller sans trop de casse.
Aujourd’hui beaucoup de bistrots ont disparu et dans le village planétaire les réseaux sociaux ont plus ou moins pris leur place. Là aussi, on échange, on se fait des copains, on dit ce que l’on pense, on refait le monde à partir de nos fureurs, de nos frustrations. Mais il y a une grande différence : les corps ont disparu. Le regard de l’autre est absent, tout se passe dans la froideur de l’ordinateur. L’impact de ce que nous disons ou faisons nous est inconnu. Résultat : les réseaux sociaux deviennent parfois un déversoir de toutes les haines, toutes les pulsions, de tout le noir qui existe dans l’homme. Et cela sans limites.
Au bistrot quand l’un s’emportait trop, il y avait souvent un autre pour le calmer. C’était parfois chaud, il pouvait y avoir de la bagarre, mais il se créait une sorte de régulation naturelle : les copains, le patron de bistrot et en dernier recours les flics.
C’est tout le problème des réseaux sociaux : les écrits restent. Alors comment réguler l’anonymat, les fakes news, les haines véhiculées lancées dans le vide et reprises sans distance par des millions d’abonnés. Chacun d’entre nous possède une partie noire, est en butte à des fureurs, des envies de meurtre, des réactions violentes à l’injustice. Le plus souvent nous contenons ces pulsions et parfois même nous les transformons en quelque chose de positif.
Mais projetées dans le vide d’internet nos fureurs peuvent rencontrer d’autres fureurs et devenir un monstre difficile à contrôler. Ce qui manque aux réseaux sociaux, c’est un cadre, un Parent normatif positif, un Adulte qui prend en compte les conséquences de nos actes. Libéré de ces deux États du moi contenants, l’Enfant tout puissant exprime sans retenue  toute son agressivité, toutes ses pulsions. Freud dans son ouvrage ”Malaise dans la culture” (traduit aussi par ”Malaise dans la civilisation”)[1] nous alerte déjà sur la puissance des pulsions agressives et la violence de l’autodestruction véhiculés par le narcissisme primaire de l’enfant. Il semble que les réseaux sociaux soient le lieu de prédilection de ce narcissisme primaire et que nous ayons du mal à contenir la violence de cette pulsion libidinale.
Que pouvons-nous faire à notre modeste niveau ? Comme Transactionnalistes, thérapeutes, éducateurs, coachs pouvons-nous contenir cet Enfant tout puissant qui s’exprime sur les réseaux sociaux ? Avons-nous des moyens pour contrebalancer le déferlement pulsionnel ? Berne ayant toujours placé l’AT comme une théorie sociale pourrait nous inviter à sortir de nos cabinets pour intervenir autant que faire se peut.
La question est importante, même si l’énormité de la tâche peut nous confronter à notre impuissance. Connaissez-vous des initiatives prises par les uns ou les autres qui peuvent contribuer à améliorer la situation ? Merci de les partager, ce sera déjà un début. A vos plumes, à vos claviers, vous avez certainement des choses à dire sur la question.

France Brécard
TSTA-P
Paris
France

[1] Sigmund Freud : Malaise dans la civilisation – Editions Points – Janvier 2010